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Pourquoi le Gabon et le Togo, pays africains francophones, veulent rejoindre le Commonwealth ?

 

https://www.geo.fr/ MARION FONTAINE Publié le 21/06/2022 à 15h48 -

Deux pays d'Afrique francophones, le Gabon et le Togo, vont être intronisés dans le Commonwealth, le 24 juin prochain lors du 26e sommet de l'organisation. Cette adhésion, justifiée par une volonté de diversifier les coopérations internationales, a aussi une portée politique.

C'est dans un contexte particulier que s'est ouvert, lundi 20 juin au Rwanda, le 26e sommet du Commonwealth, cette fédération d’anciens territoires britanniques formée en 1949 : son rôle et sa pertinence sont de plus en plus remis en question, tandis que plusieurs voix s'élèvent pour abandonner la monarchie britannique, comme la Barbade en novembre dernier. De son côté, l'Australie a désigné fin mai un "ministre délégué pour la République" chargé de supprimer la Couronne dans le pays.

À rebours de cette vague de rejet, deux nouveaux pays ont affiché leur volonté de rejoindre le Commonwealth et seront intronisés le 24 juin prochain. Deux pays d'Afrique francophone : le Togo et le Gabon. Ces deux adhésions interrogent, note Le journal de l'Afrique, car, si le Togo est un ancien protectorat allemand occupé par la suite conjointement par la France et le Royaume-Uni"le Gabon n’a pas grand-chose à voir avec l’Empire britannique". Bien que Libreville et Lomé ne quittent pas la Francophonie, "ils envoient cependant un message assez clair à Paris : la France ne brille plus autant qu’auparavant et ils veulent s’ouvrir au monde anglophone", estime le média indépendant.

Pour les pays africains francophones, il "faut être anglo-saxon pour se développer"

Ce "tournant géopolitique majeur" est justifié par le président gabonais Ali Bongo Ondimba comme "la nécessité d’appartenir à un autre espace multiculturel dans un monde globalisé". Le Parlement togolais, lui, avance que "au-delà de l'ancien héritage politique britannique, [son adhésion au Commonwealth] assure au Togo la reconnaissance internationale d'un renouveau historico-politique." Mais aussi une diversification de "ses relations d'amitié et de coopération" et de nouvelles possibilités "en termes de travail, de voyages et d’étude".

"Le Commonwealth est un forum dans lequel les États se rencontrent et louent des liens", explique Philippe Chassaigne, professeur d'histoire contemporaine à l’Université Bordeaux-Montaigne, au micro de France culture. "C'est une façon pour les pays africains et asiatiques de se retrouver et de discuter de façon plus efficace qu'au travers des Nations unies". Des accords entre les pays membres permettent de faciliter les échanges, notamment pour le travail, et l'organisation dispose d’un fonds pour la coopération économique destiné à soutenir la croissance de certains pays. Le Commonwealth, c'est aussi l'accès à un marché de plus de 2 milliards de consommateurs dans plus de 50 États.

L'analyste politique ivoirien, Sylvain Nguessan, explique à la BBC qu'il y existe "un mythe dans les pays francophones qui dit qu'il faut être un pays anglo-saxon pour pouvoir se développer". "Aucune colonie francophone n'a pu se développer jusqu'à présent contrairement aux pays anglo-saxons qui ont pu un tant soit peu prendre leur envol", ajoute-t-il en citant l'exemple du Rwanda qui, après son basculement en 2009 dans le Commonwealth, a connu un développement économique fulgurant.

 Pour décourager les demandeurs d'asile de traverser la Manche, Londres veut les envoyer au Rwanda

L'adhésion au Commonwealth du Togo et du Gabon est aussi un acte politique. Selon Sylvain Nguessan, certains pays "se disent que, s'ils basculaient dans le Commonwealth, ils pourraient jouir d'un minimum d'autonomie" par rapport à la Francophonie, perçu comme un modèle de domination à l'avantage de la France. Il estime qu'"en dehors des aides classiques financières et des bourses d'études, la coopération militaire et les diverses aides en terme de logistiques militaires", la France exerce sur ces anciennes colonies une politique trop contraignante qui pousse certains États à se tourner vers la Russie, la Chine ou le Commonwealth.

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