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   Pour Faustin Touadera, président de la République centrafricaine : « la guerre et la violence ne sont pas un destin inévitable »

Palais municipal des Congrès, Madrid, Espagne

 

La Croix le 17/09/2019 à 15:46

 

15 septembre 2019, discours du président centrafricain, Touadera, lors de la 33e Rencontre internationale de prière pour la paix

 

Le 15 septembre 2019, lors de l’inauguration de la 33e Rencontre internationale de prière pour la paix, le président de la République centrafricaine, Faustin Archange Touadera, a placé son discours sous les signes de « l’unité, la dignité et le travail ». Le président s’adresse aux participants en tant que pèlerin d’Assise et déclare apporter avec lui « les souffrances, les espoirs et la soif de paix du peuple centrafricain ».

Il commence par remercier toutes les personnes et instances qui ont œuvré pour la paix dans son pays, soulignant la prédilection pour l’Afrique qu’il a ressentie chez le pape François lors des deux visites de ce dernier sur le continent. Il continue en exprimant son admiration à l’égard des œuvres de Sant’Egidio dont l’action ressemble à un « grand rêve authentiquement africain ». À ce propos, il cite l’ancien président sénégalais Léopold Senghor, qui « avait parlé d’Eurafrique, continent unique » et d’une destinée commune aux deux continents. Selon lui, ces deux continents ne peuvent connaître de « stabilité ni de développement » l’un sans l’autre, « sinon le défi serait perdu par les deux ».

Le président centrafricain enchaîne en développant de manière succincte quatre idées qu’il tenait à partager avec les participants, sans lesquelles il ne saurait y avoir de paix durable. Premier constat : « pas de paix sans désarmement ». Deuxième constat : « le changement climatique » touche désormais tout le monde ; il faudrait « une approche globale qui inclut l’Afrique. L’Europe et l’Afrique seront plus convaincantes et efficaces quand elles seront en mesure de faire face à la crise de l’environnement avec une vision à long terme ». Troisième concept : « La santé pour tous » : il explique que c’est « un signe indéniable du retour à la paix et à la coexistence » pour son peuple meurtri par la guerre.

Quant au dernier concept du président Touadera, il concerne « l’abolition de la peine de mort » pour laquelle il déclare solennellement s’engager. Il termine en se demandant si les rêves pouvaient se réaliser un jour et il y répond en affirmant que personne n’a pu prévoir que la visite du Saint-Père dans son pays « aurait donné une impulsion décisive à la fin des hostilités et à la recherche de la réconciliation » ! Il conclut en remerciant l’assemblée et Sant’Egidio pour les journées de réflexion et de prière partagées lors de cette rencontre, souhaitant que Dieu ouvre les cœurs pour que les « intelligences soient positivement mobilisées au service de la paix et de l’Humanité afin que le monde soit uni dans ses différences, qu’il soit davantage sûr pour tous et pour chacun ».

La DC

 

 

Excellences,


distingués dirigeants des grandes religions du monde,


cher professeur Riccardi,


et vous tous invités à la rencontre internationale « Paix sans frontières ».

C’est un grand honneur pour moi de participer pour la deuxième fois, à la prière pour la paix.

Aujourd’hui, en tant que pèlerin dans l’esprit d’Assise, j’apporte avec moi les souffrances, les espoirs et la soif de paix du peuple centrafricain qui envisage l’avenir avec espoir.

Je voudrais tout d’abord m’adresser à ceux qui ont travaillé sans relâche pour la paix dans mon pays.

Chacun, de différentes manières, a soutenu et soutient mon pays sur la voie de la paix.

Permettez-moi au début de mon intervention de rappeler la visite de sa sainteté le pape François en qui j’ai pu voir une prédilection particulière pour l’Afrique, à l’occasion de son premier voyage sur le continent en 2015, visite qui s’est terminée dans mon pays. Cette prédilection s’est confirmée par ce deuxième voyage en Afrique, qui a vu le Saint-Père au Mozambique, à Madagascar et à l’île Maurice.

Il me semble que cette prédilection pour l’Afrique appartient également à la communauté de Sant’Egidio. Je voudrais dire quelque chose à ce sujet.

Je ressens Sant’Egidio comme un grand rêve africain : un rêve authentiquement africain qui conçoit l’Europe et l’Afrique avec un destin commun : l’ancien président du Sénégal Léopold Sédar Senghor avait parlé de « Eurafrique », en tant que continent unique.

Eurafrique n’est pas le résultat d’une vision romantique, ni la réaction à certaines injustices dont l’Afrique est victime.

Eurafrique est la vision d’un destin commun qui part d’une réalité historique : aucun des deux continents ne peut penser regarder vers l’avenir sans l’autre.

Il n’y aura pas de stabilité ni de développement en Afrique sans l’Europe.

Il n’y aura pas de stabilité ni de développement en Europe sans l’Afrique.

Sinon le défi sera perdu par les deux.

Je voudrais remercier l’Espagne et la ville de Madrid pour leur accueil chaleureux.

Je suis ici pour renouveler et consolider le lien profond et essentiel entre l’Afrique et l’Europe.

Le titre de notre rencontre « Paix sans Frontières », me semble répondre parfaitement à un axiome : tout est connecté ! Je voudrais vous soumettre 4 thèmes connectés sur lesquels l’Europe et l’Afrique sont et seront ensemble :

  1. Paix et désarmement,
  2. Changement climatique,
  3. La santé pour tous,
  4. L’abolition de la peine de mort.
  5. Paix et désarmement

C’est peut-être l’un des plus grands défis qui nous attend. Ceux qui vivent la paix depuis longtemps doivent comprendre comment la préserver et la renouveler. Quant à ceux qui l’ont connu récemment, ils doivent apprendre comment la construire et la consolider.

Mon pays, récemment sorti d’une longue guerre, essaie aujourd’hui de trouver les raisons de comprendre et de vivre ensemble. Un défi difficile, mais réalisable.

La paix a besoin de tout le monde. Je profite de cette précieuse occasion pour remercier le professeur Riccardi qui, avec amitié, obstination et discrétion, accompagne le processus de consolidation de la paix en République centrafricaine, après avoir contribué de manière significative à sa réalisation.

La paix est une négociation sans fin, dans laquelle les raisons profondes de chacun doivent trouver une place. La paix n’est jamais définitive et ne doit jamais être négligée. La paix est la construction d’une maison qui doit être constamment entretenue, sinon elle serait en ruine et nous resterions à la merci du vent froid de la violence.

La République centrafricaine est une maison où trop d’armes sont entrées, et qui en ont pollué l’environnement et le cœur. Maintenant que nous nous sommes engagés sur la voie de la paix, nous nous engageons à réhabiliter le pays à travers un programme de désarmement.

La paix et le désarmement ne sont pas des défis pour tel ou tel pays, pour tel ou tel continent. Ce sont des défis mondiaux qui demandent beaucoup de travail. Personne n’a assez d’anticorps pour dire qu’il est à l’abri de la guerre.

L’Europe depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale vit en paix. Ce que l’Europe a réalisé avec beaucoup de souffrance et d’audace est aujourd’hui le rêve de l’Afrique.

La paix ouvre des perspectives de croissance et de développement qui profiteront à tous les pays frontaliers. Pour cette raison, « Paix sans frontières » n’est pas simplement un bon titre, mais une perspective à regarder.

Pour ma part, tirant les leçons de notre douloureuse histoire, je reste guidé, dans l’exercice de mes fonctions, par l’idée du bien commun, de la communauté de destin et de l’avenir partagé de mon peuple.

En dépit des vicissitudes du moment, le sang des nôtres injustement versé exige que nous épargnions pareils supplices à la postérité. Sur le chemin que nous avons librement tracé vers la paix, nous avons parfois fléchi.

Mais je peux vous dire que le fil de l’espoir et de l’énergie qui nous tient ne rompra jamais !

  1. Changement climatique

Je voudrais aborder avec vous la question de changement climatique.

D’aucuns pensent que les conséquences du changement climatique seront principalement supportées par les populations les plus pauvres d’Afrique et d’Asie sans oublier l’Amérique latine qui vit le désastre de l’Amazonie. Les conséquences en seront les guerres et les migrations.

Mais même les pays de la Méditerranée sont exposés à un risque élevé de désertification et d’incendies. Le rapport « Les changements climatiques et le territoire » du Comité scientifique de l’Onu sur le climat, publié le 8 août de cette année, prévoit ce risque.

Certains experts disent que ce grand défi mondial ne peut être gagné qu’avec l’Afrique et même à partir de l’Afrique.

À ce propos, je voudrais vous inviter à vous rappeler les paroles du Saint-Père dans l’encyclique « sur la sauvegarde de la maison commune » (1), qui me semble être un texte fondamental pour une vision de l’avenir dans laquelle l’Europe et l’Afrique se trouveront ensemble.

Je crois que ce défi nécessite vraiment une approche globale. L’Europe et l’Afrique seront plus convaincantes et efficaces quand elles seront en mesure de faire face à la crise de l’environnement avec une vision à long terme.

Nous avons besoin d’une vision, car les défis mondiaux ont la particularité de nous obliger à les affronter ensemble. L’Afrique et l’Europe ont l’avantage de se connaître mieux que les autres continents, et cet avantage ne devrait pas être gaspillé.

La crise environnementale est strictement connectée à la guerre, qui est une des causes de la destruction de la maison commune. La paix est la première façon de reconstruire la maison commune. À ce propos, je pense que :

Il n’y a pas d’écologie humaine intégrale sans la paix !

Il n’y aura pas de paix sans une écologie humaine intégrale !

  1. La santé pour tous

Un pays est en paix quand tous les citoyens ont le droit à la santé.

Un signe indéniable du retour à la paix et à la coexistence est l’accès aux soins médicaux de tout notre peuple !

Dans mon pays, beaucoup de personnes travaillent pour y arriver. C’est un défi qui associe l’Europe et l’Afrique. La preuve en est l’engagement des différentes organisations internationales et des ONG qui travaillent avec passion dans mon pays.

Je saisis cette occasion pour saluer avec satisfaction l’ouverture à Bangui de l’excellent centre Dream de la communauté de Sant’Egidio, destiné au traitement gratuit des patients touchés par le VIH/Sida et par de nombreuses autres maladies.

La santé pour tous est un défi mondial, particulièrement ressenti en Afrique ; nous ne pouvons gagner qu’ensemble : il n’y a pas d’alternative !

  1. Abolition de la peine de mort

Avant de conclure, je voudrais aborder le dernier sujet qui porte sur l’abolition de la peine de mort.

En 2011, lorsque j’étais premier ministre, j’ai entamé le processus législatif visant à abolir la peine de mort. Nous avons fait de grands progrès et espérons pouvoir mettre fin à ce processus bientôt. En ce qui me concerne je veux abolir la peine de mort !

Ça serait un signe de pacification, le signe d’un pays qui entre définitivement dans une nouvelle phase historique.

En cela, l’Europe nous a largement devancés et le continent africain se dirige de plus en plus dans la bonne direction.

Pour conclure, on pourrait se demander : les rêves ne sont-ils pas trop difficiles à réaliser ?

Qui aurait pu prévoir que le peuple centrafricain puisse trouver des raisons de faire la paix, après avoir vécu une longue période de violences ?

Qui aurait pu prévoir que la visite du Saint-Père dans mon pays aurait donné une impulsion décisive à la fin des hostilités et à la recherche de la réconciliation ?

Conscient des tournants inattendus de l’histoire, j’ai le devoir d’en faire ma part, avec un sens de la responsabilité et avec toute la détermination que nécessitent les grands défis.

Je suis venu ici à Madrid pour affirmer ma conviction totale que la guerre et la violence ne sont pas un destin inévitable.

Enfin, en tant que compagnon de ce pèlerinage de la paix, je voudrais vous remercier pour ces journées de réflexion et d’amitié. Je suis certain que les prières et les œuvres d’hommes et de femmes de foi et de bonne volonté réunis à Madrid dans l’esprit d’Assise, accompagneront le chemin de la paix et du développement de la République centrafricaine à l’avenir.

Puisse Dieu ouvrir nos cœurs pour que nos intelligences soient positivement mobilisées au service de la paix et de l’humanité afin que le monde soit uni dans ses différences, qu’il soit davantage sûr pour tous et pour chacun.

Je vous remercie.

 

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