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INVITÉ AFRIQUE  RFI   Firmin Ngrebada, Premier ministre (RCA): «Cessons d'opposer France et Russie»

 

 

Par Christophe Boisbouvier  RFI mardi 27 août 2019

 

Les conseillers russes font-ils la loi en Centrafrique ? C'est ce qu'affirme Karim Meckassoua, l'ex-président de l'Assemblée nationale. Vous avez pu l'entendre il y a une semaine sur RFI. Réponse ce mardi du Premier ministre Firmin Ngrebada. En ligne de Bangui, le Premier ministre s'exprime d'abord sur les derniers chiffres de l'ONU, qui montrent que les violences en Centrafrique ont diminué des deux tiers en un an.

RFI : L’ONU constate que les violences ont beaucoup diminué depuis un an. Mais chaque semaine, elle enregistre encore plusieurs dizaines de violations de l’accord du 6 février…

Firmin Ngrebada : Je dois dire que c’est avec une très grande satisfaction que le gouvernement note une décrue importante des violences dans le pays. Je crois observer que cette décrue des violences s’explique par deux choses. D’abord, il y a l’absence d’affrontements entre les groupes armés rivaux ou encore entre les groupes armés et les forces de défense et de sécurité. Et la deuxième raison, c’est la réduction du nombre d’attaques contre les civils. Mais il faut aussi dire que l’absence d’affrontements et la réduction des attaques contre les civils sont, en réalité, les effets induits et les bénéfices de l’accord politique pour la paix et la réconciliation, signé le 6 février dernier. Donc l’option politique, le dialogue que le président de la République prône depuis son installation, est en train de porter ses fruits en termes de réduction des violences et d’absence d’affrontements dans le pays. Donc les quelques cas de violence que l’on a observés, par exemple les cas de violations graves par les éléments des 3R de Sidiki le 21 mai dernier [dans la région de Paoua], sont donc des actes marginaux.

Cet accord du 6 février, dont vous parlez, prévoit le désarmement et la démobilisation des quelque 9 000 combattants. Mais selon les derniers chiffres officiels, à peine 600 de ces combattants ont rendu leurs armes…

Au nord-ouest du pays, il y a plusieurs groupes armés qui sont déjà désarmés, démobilisés. Notamment les deux groupes anti-Balaka des ailes Mokom et Ngaïssona, l’UFRF. Même le groupe FDPC d’Abdoulaye Miskine a été désarmé. Aujourd’hui, nous sommes sur les 3R et nous estimons que le processus avance bien. Le grand DDR avance bien au nord-ouest. Après quoi, nous allons continuer au centre-nord, notamment avec le MPC d’Al-Khatim, qui affiche de bonnes dispositions. Il en est de même du FPRC, aujourd’hui, qui affiche de bonnes dispositions quant à l’effectivité du DDR, Désarmement et Démobilisation.

Vous vous félicitez de cet accord du 6 février. Mais dans l’opposition, l’ancien Premier ministre Nicolas Tiangaye, par exemple, dit que c’est un marché de dupes, car les groupes armés n’ont cédé aucun pouce.

Maître Nicolas Tiangaye est un Centrafricain. Il a le droit et la liberté de s’exprimer. Mais ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui les populations centrafricaines voient les retombées de cet accord. Grâce à cet accord, la libre circulation des personnes et des biens revient peu à peu dans le pays. Les violences et les violations des droits de l’homme diminuent sensiblement. L’autorité de l’État est en cours de restauration progressive. Donc cette réalité tranche avec les déclarations de l’opposition.

Mais ce que craint l’opposition, c’est que vous ayez conclu un accord avec notamment le FPRC de Noureddine Adam et l’UPC d’Ali Darass, pour que les gens qui habitent les zones sous leur contrôle votent Touadéra l’année prochaine.

Ça, c’est le fruit de l’imaginaire de ceux qui développent ces informations. Qu’ils en fassent la preuve, alors !

Le président Touadéra sera donc candidat à la fin de l’année prochaine ?

On ne parle pas pour l’instant encore de l’élection, même si nous regardons les agitations des uns et des autres. Je ne peux pas vous confirmer, aujourd’hui, que le président Touadéra sera candidat. Mais ce que je sais, c’est qu’il continue inlassablement à travailler pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine.

Le massacre de Paoua, le 21 mai dernier, est attribué au groupe 3R. Or, son chef Sidiki Abbas, a un poste officiel à Bangui. Est-ce que ce n’est pas choquant ?

Nous avons fait le choix de la paix. Mais pour autant, nous n’avons pas fait de compromission, contrairement à ce qui se dit. Nous avons fait un compromis pour la paix. Nous n’avons pas fait de compromission. Aujourd’hui, ce que je sais, c’est que les juridictions nationales et internationales sont à pied d’œuvre et je leur fais confiance. Tous les auteurs de crimes dans ce pays seront rattrapés un jour ou l’autre par la justice.

L’ancien président de l’Assemblée, Karim Meckassoua, s’opposait à la délivrance de certains permis miniers. Et aujourd’hui, il dit que c’est le conseiller russe, Valery Zakharov, lui-même intéressé par ces concessions minières, qui l’a fait tomber du perchoir.

Je respecte les déclarations publiques de monsieur Meckassoua Karim. Mais ce que je sais, c’est que la plupart des permis dont il a parlé ont été délivrés du temps où il était président de l’Assemblée nationale. Et donc il n’y a pas eu de bonne foi sur ses dernières déclarations, vu que certains de ces permis ont été délivrés du temps où il était président de l’Assemblée nationale. Neuf permis, si j’ai bonne mémoire.

Et est-ce que les conseillers russes auprès de la présidence et de la primature n’ont pas pris une véritable importance, aujourd’hui ?

Depuis un certain temps, les gens voient une guerre froide qui existerait entre la France et la Russie en République centrafricaine, alors que nous entretenons depuis toujours une excellente relation avec la France, grand partenaire traditionnel de la République centrafricaine. La France a toujours été à nos côtés et elle le restera. La Russie également est partenaire de la République centrafricaine. Et elle nous apporte beaucoup, aujourd’hui, notamment dans la formation et l’équipement de nos forces de défense et de sécurité. France ou Russie, chacune est donc la bienvenue en République centrafricaine. Et donc là aussi, il y a la diversification de nos relations diplomatiques, consulaires, militaires et économiques. Mais il faut cesser d’opposer la France et la Russie en République centrafricaine.

Vous ne voulez pas les opposer, mais le ministre français Jean-Yves Le Drian proteste publiquement contre le poids grandissant de la Russie dans votre pays…

Je ne porte pas de jugement de valeur. Je n’ai pas d’appréciation par rapport aux déclarations du ministre Le Drian. Je maintiens ce que je viens de vous dire.

Est-ce que l’on ne va pas vers une compétition entre Paris et Moscou, dans votre pays ?

Pour nous, ces deux puissances interviennent au niveau du pays comme partenaires. Maintenant, la question de la « guerre froide » que les gens semblent mettre en avant ne nous intéresse pas.

 

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