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Centrafrique : ce que contient l'accord de paix

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ANALYSE

 

Centrafrique : ce que contient l'accord de paix

 

Par Maria Malagardis — Libération 8 février 2019 à 18:33

 

Signé mardi à Khartoum au Soudan, l'accord de paix entre le gouvernement centrafricain et 14 groupes armés permettra-t-il de mettre un terme aux violences récurrentes qui déstabilisent le pays depuis six ans ? Accueilli avec méfiance par les Centrafricains, il évite de justesse la mention d'une amnistie pour les responsables d'exactions. Reste à savoir si et comment, ils seront jugés.

 

 Centrafrique : ce que contient l'accord de paix

«La folie, c’est de faire la même chose, en s’attendant à un résultat différent», soupirait dès jeudi un responsable un peu cynique, en commentant l’accord sur la paix en Centrafrique qu’il avait pourtant lui-même signé mardi, à Khartoum au Soudan. Discréditer un texte qu'on a soi-même paraphé n'est pas forcément un signe encourageant. Mais il est vrai que les Centrafricains sont devenus par nature méfiants, habitués aux négociations de paix, à peine conclues et aussitôt trahies. Non pas depuis cinq ans seulement, mais au cours de la dernière décennie, tant les crises se sont succédé avec une constance tragique dans ce vaste pays enclavé d’Afrique centrale.

La dernière crise, celle qui démarre en 2013, a cependant été la plus grave, la plus sanglante, marquée par des affrontements interconfessionnels totalement inédits dans ce pays partagé entre une majorité de chrétiens et une minorité de musulmans. Alors, ce huitième accord de paix, une fois de plus triomphalement annoncé comme «historique» dans une période récente contient-il réellement «la même chose» ? Pour le savoir, il a fallu attendre ce vendredi. Car bien que signé plus tôt dans la capitale soudanaise entre le gouvernement centrafricain et quatorze groupes armés qui tiennent encore 80% du territoire national, son contenu est resté secret pendant trois jours. Un embargo assez inhabituel, officiellement justifié par la nécessité de recueillir trois signatures supplémentaires, avant d’en divulguer les clauses. C’est donc désormais chose faite.

Premier constat : l’amnistie, revendication principale des groupes armés qui avaient accepté de se rendre à Khartoum, ne figure pas dans l’accord. La bataille fut pourtant rude lors des premières discussions entamées le 24 janvier. «On ne peut que se féliciter de l’absence de toute mention de l’amnistie dans cet accord alors qu’elle figurait dans celui signé en 2008 et n’avait pas empêché ceux qui en bénéficiaient de reprendre les armes quatre ans plus tard», a commenté dés vendredi la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

Embargo sur les armes

Sous couvert d’anonymat, notre responsable centrafricain se montre lui, plus pessimiste : «On joue sur les mots. Car en réalité rien dans cet accord ne garantit des poursuites contre ces chefs de groupes armés qui se sont rendus coupables d’exactions et pourront demain faire partie du gouvernement d’union nationale, également prévu par le document de Khartoum.» Certes, mais pouvait-il en être autrement? Le président Faustin Archange Touadéra ne contrôle en réalité que la capitale et une fraction du sud-ouest du pays. Et malgré la présence sur place d’une force onusienne, la Minusca, l’embargo sur les armes limite les possibilités d’action de l’armée nationale, en pleine restructuration.

Interrogé par RFI, Jeffrey Hawkins, ancien ambassadeur américain en Centrafrique, a parfaitement résumé le dilemme: «Comment d’une part convaincre les groupes armés de faire la paix, et d’autre part de rendre la justice aux Centrafricains et garder la légitimité de l’Etat? C’est très difficile. Je pense que le rapport de force favorise malheureusement toujours les groupes armés». En publiant un communiqué au lendemain de la signature de l’accord pour rappeler en substance que «la justice internationale continuera à faire son travail», le gouvernement a par ailleurs mis des limites au risque d’impunité, également proscrit en toutes lettres dans l’accord de Khartoum. Ces trois derniers mois, deux leaders des milices chrétiennes ont déjà été envoyés à la Cour Pénale Internationale (CPI).

«Lire entre les lignes»

Pour le reste, la justice, se retrouve confiée à différentes instances de suivi, mettant également à contribution les chefferies traditionnelles, alors qu’une Commission réconciliation et vérité devrait voir le jour prochainement. Justice, sécurité : les deux principales revendications des Centrafricains, épuisés par six ans de violences, quasiment ininterrompues, surtout en province, seront en réalité assurées par toute une série de «comités» qui associent étroitement forces régulières, onusiennes, et groupes armés.

Reste que cet accord accouché au forceps sous l’égide de l’ONU et de l’Union Africaine, impose aussi «la cessation immédiate des hostilités», le désarmement tout aussi immédiat des combattants, et la levée des barrières et des contrôles instaurés par les groupes armés. Comme souvent, c’est effectivement à la lumière de l’évolution du rapport de forces, comme le souligne l'ex ambassadeur américain, et des marchandages dans les coulisses, que cet accord prouvera sa viabilité, ou non.

Dans l’immédiat, il n’y a pas eu d’explosion de joie à Bangui. Et les Centrafricains tentaient surtout vendredi de «lire entre les lignes» ce que le destin leur réserve. En septembre 2013, dans la ville dévastée de Sibut, à 180 km au nord de Bangui, un fonctionnaire justifiait déjà par une jolie formule le peu de crédit que ses compatriotes accordaient aux négociations officielles : «C’est aussi à cause de la peur. Or la peur, c’est comme la maladie: ça vient vite et ça part lentement».

 

Maria Malagardis

 

L'accord de Khartoum va-t-il mettre fin à la crise centrafricaine?

 

https://www.dw.com

 

Le gouvernement centrafricain et les quatorze groupes rebelles qui occupent une grande partie du territoire national ont paraphé le mardi 5 février dernier le 8ème accord de paix à Khartoum au Soudan. Il a été signé par les protagonistes, le 6 février à Bangui, la capitale en présence des représentants de la communauté internationale

 

L’accord de paix entre Bangui et les groupes armés contrôlant 80% du territoire de la Centrafrique a pour objectif de mettre rapidement fin aux violences qui ravagent ce pays depuis 2013.

Au titre de la justice et réconciliation nationale, les parties, tout en rejetant toute idée d'impunité et en reconnaissant le principe de la présomption d'innocence, reconnaissent les conséquences douloureuses et les stigmates des crimes graves sur l'ensemble des citoyens et des communautés en République centrafricaine.

  Les parties s'engagent, dès la signature du présent accord, à mettre en place des unités spéciales mixtes pour une période transitoire initiale de vingt-quatre mois, et placées sous la supervision de l'Etat-major des Forces de défense, et pourront solliciter l'appui technique de la Minusca (force de l'ONU en Centrafrique, ndlr).

 - Les parties conviennent du strict respect de la Constitution, des lois et règlements en vigueur en République centrafricaine.

 - Les parties conviennent de bannir toute velléité d'accession ou de conservation du pouvoir par la force (...).

  - Les parties conviennent également que l'organisation d'élections libres, transparentes et crédibles est la seule voie consacrée pour assurer l'alternance politique et à contribuer à la consolidation de la démocratie en République centrafricaine.

 - Le président de la République, chef de l'Etat, s'engage à mettre en place immédiatement après la signature du présent accord un gouvernement inclusif.

 L’accord de paix de Khartoum va-t-il permettre de mettre un terme à la crise qui secoue la RCA depuis plusieurs années ? Nous allons débattre autour de cette problématique avec nos invités sous l’Arbre à Palabres :

-Roland Marchalspécialiste de la Centrafrique et chercheur au CNRS, Centre national de la recherche scientifique.

-Antoinette Montaigne, Ancienne ministre de la Réconciliation.

-Gervais Lakosso, coordinateur du Groupe de contact de la société civile centrafricaine.

Stéphane Mboula Wamok, enseignant chercheur à l’Université de Lilles. Spécialisé dans la philosophie morale et politique, spécialité Ethique économique.

Pour écouter l’intégralité du magazine, cliquez sur la photo ci-dessus.

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